Ingrid Brinsolaro : « Je veux la vérité »

La rédactrice en chef de l’Eveil Normand, femme du policier Franck Brinsolaro tué lors de l’attentat contre Charlie Hebdo, explique pourquoi elle vient de porter plainte.

05/01/2016 à 09:38 par jerome.moriniere

Ingrid-Brinsolaro.jpg

Votre avocat, Me Philippe Stepniewski, a déposé une plainte contre x auprès du procureur de la République de Paris lundi 4 janvier. Quel est le fondement de votre démarche ?

Ingrid Brinsolaro : Je veux savoir pourquoi mon mari n’a pas eu les moyens de faire son travail. Depuis un an, je pose des questions et je n’ai pas de réponse. Je veux savoir pourquoi Stéphane Charbonnier (1) dont mon mari était le garde du corps ne disposait que d’un service de protection allégé (deux policiers au moment de l’attentat), alors qu’il était l’objet de menaces de mort avérées de la part des islamistes.

Qu’espérez vous avec le dépôt de cette plainte ?

Au delà de la souffrance que je ressens toujours, je veux connaître la vérité. Je dois bien ça à ma famille, à mon mari. Dans le discours de Franck revenait de manière récurrente le manque de moyens dont il disposait pour accomplir sa mission auprès de Charb. Ma petite fille May a aujourd’hui deux ans. Dans quelques années, elle me posera des questions au sujet de son papa. Je veux pouvoir lui apporter des réponses sur tout. Du côté des autorités, je veux que des responsabilités soient prises en cas de dysfonctionnement reconnu. Je ne pars en guerre contre personne, je ne suis pas dans la polémique. Je veux que ce qui est arrivé le 7 janvier 2015 ne se reproduise plus, que les leçons soient tirées, qu’il soit toujours donné aux policiers les moyens de faire leur travail.

Dans un livre à paraître le 7 janvier, Maryse Wolinski, femme de Georges Wolinski assassiné lors de l’attentat contre Charlie Hebdo, pointe du doigt des défaillances dans la protection apportée à la rédaction. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Elle a raison de noter ces défaillances. Elle évoque dans son livre notamment que par manque de ressources financières, la direction du journal a refusé de créer un sas de sécurité. Franck me l’avait dit. Mais est-il normal que la sécurité du journal repose sur les épaules de sa direction ? N’aurait-il pas fallu que les autorités imposent et financent ce sas ?

Quelle est la réaction des autorités devant vos questions ?

Dès le 7 janvier 2015, j’ai posé la question des moyens. Le 20 janvier, les familles des victimes ont été reçues à huis-clos à l’Elysée. J’ai reposé la question. En mai, j’ai déjeuné avec le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve. A chaque fois, on ne m’a pas réellement répondu. Depuis plusieurs mois, je n’ai plus aucun contact, ni avec les responsables du service de Franck (Service de la protection), ni avec le ministère de l’Intérieur. Je comprends que pour une administration, des hommes politiques, il est difficile de reconnaître que « par manque de moyens, votre mari est mort ». En octobre, un hommage a été rendu à Franck au ministère des Affaires étrangères, je n’ai pas été conviée.

Vous avez refusé de participer aux festivités du 14 juillet dans les jardins de l’Elysée. Pour quelle raison ?

Au début, je voulais m’y rendre avec mes enfants. Puis je me suis ravisée devant les exigences du protocole. On demandait par exemple à ce que mon fils ne déjeune pas à ma table… Des obligations qui me sont parues bien dérisoires au final. Je n’y suis pas allée, car je ne voulais être « utilisée », je ne suis pas dans l’apparat. Je veux simplement qu’on réponde à mes questions.

Un an après le drame, comment vous reconstruisez-vous avec votre famille ?

Nous ne sommes toujours pas dans la reconstruction. Ma vie tourne toujours autour de ce 7 janvier 2015. L’absence de Franck, elle est gigantesque. Avec mes enfants, on essaie de réapprendre à vivre, de sortir la tête de l’eau. En deux minutes, les frères Kouachi nous ont tout pris.

Recueilli par J.M.

 

(1) Stéphane Charbonnier, plus connu sous le nom de Charb était le directeur de publication de Charlie Hebdo. Tout comme Franck Brinsolaro et dix autres victimes, il est mort assassiné le 7 janvier 2015 par les frères Kouachi.

Captcha en cours de génération.....Version audio
Changer l'image

Délivrez à vos équipes
l'information dont elles ont besoin

Packs d'abonnements numériques

Je découvre les solutions pour les Pros

Faites le plein de cadeaux !

1 an d'abonnement
+
Des cadeaux à découvrir

Je découvre

Votre journal cette semaine

Votre opinion
La proposition de loi du sénateur-maire de Bernay, Hervé Maurey, de rendre obligatoire le port du casque pour les cyclistes vous semble-t-elle utile ?
  • Non (57%)
  • Oui (38%)
  • Sans avis (5%)
Chargement ... Chargement ...

Un concentré d'informations pour ne rien manquer !

Je m'inscris à la newsletter

Bernay - Dimanche 25 sept. 2016

Bernay
Dim
25 / 09
17°/10°
vent 36km/h humidité 70%
Lun18°-8°
Mar20°-10°
Mer20°-12°
Jeu21°-12°

Abonnement

Recevez l'actualité qui
vous concerne. Je m'abonne